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Si la sélection des vêtements que l’on porte est en quelque sorte l’extension de notre âme, est-ce que l’architecture d’un bâtiment est potentiellement l’âme du terrain ? Voici, une question intéressante sur laquelle j’ai longuement médité. J’aurais tendance à acquiescer de plein gré par contre, je me maintiendrai puisque mon analyse me confirme une dualité.

Ce qu’il y a d’extraordinaire et d’unique avec la nature, c’est qu’une fois l’aménagement paysager réalisé, le miroir a tendance à s’inverser. Ainsi, ce qui s’avère inusité, est qu’à son tour le jardin devient l’âme du bâtiment. Cependant, avant de mêler les cartes… Je dois m’expliquer…

Prêts? Allons-y!

Bien qu’il soit tangible et matériel, un bâtiment à lui seul, peut parler, réclamant de notre part, un temps d’arrêt pour observer et admirer son architecture.  Dans 90% des cas, ses matériaux, ses couleurs et ses formes sont uniques et judicieusement déterminées par son propriétaire. Alors, nous devons inévitablement s’y attarder car une multitude d’infimes détails s’avèreront une mine d’or à l’œil d’un concepteur averti.

Comment faire?

Il suffit d’observer la géométrie générale du bâtiment, sa toiture, ses revêtements et ses ornements pour en déduire les premiers traits à dessiner au sol. Par exemple, une maison comportant une toiture angulaire de type aiguë imposera des végétaux de forme pyramidale telle que Taxus, Thuya et Juniperus. Ainsi, ces conifères apporteront une structure architecturale en plus de s’avérer un écran coloré tant estival qu’hivernal au jardin. Autres points à mettre en lumière, les colonnes de soutènement de type pilastre gréco-romain en aluminium, suggèreront des plantes au port colonnaire tel que chêne, pommetier et érable fastigié. Ici, c’est l’équilibre des masses qui prévaut. Maintes résidences possèdent désormais un ou plusieurs garages abrités sous des pignons volumineux, disposés de part ou d’autre de la bâtisse. Le travail du concepteur régit la redisposition et l’équilibre de ces masses. Visualisons, ici, un navire en mer. La plantation des végétaux ne doit jamais s’imposer densément d’un seul côté au point de le chavirer. Notre bateau doit voguer à perpétuité vers sa pérennité. La même image peut s’appliquer aux balances égyptiennes. En résumé, les deux plateaux doivent trouver leur équilibre à continuité. Bref, l’ensemble des masses doit effleurer l’horizon naturel avec une ligne parfaitement horizontale.

architecture_paysage-rodier-amenagementEn ce qui a trait aux portes et fenêtres, celles-ci sont également révélatrices de secrets. Des arches en courbes ou des fenêtres de style hublot exigeront, au sol, une accentuation des courbes ou la construction de formes circulaires quasi parfaites. Les buis, les hydrangées, les spirées possèdent une physiologie végétale très approprié à cette conception. La courbe sera également présente dans la modélisation générale des pavés et dans la sinuosité des plates-bandes. En contre partie, les portes ou fenêtres comportant des carreaux très cartésiens à elles seules inspirent un choix de lignes plutôt contemporaines avec des accents de dalles rectangulaires comme passe-pieds et des terrasses ou plates-bandes plutôt rectilignes. Les feuillages lancéolés comme celui des graminées ou des hémérocalles s’associent à merveille dans cet exercice. La même analyse s’accorde aux portes de garages et aux paliers bétonnés existant sur la construction primaire du bâtiment.

D’un second regard, il faut décortiquer le choix des revêtements du bâtiment. Un rappel de la pierre ou de la brique au sol est déterminant dans la dualité des deux parties. Observez alors le motif de pose (linéaire ou modulaire) et la texture (lisse, meulée ou ardoisée). Ensuite, choisissez des pavés ou des pierres qui accentueront ces deux caractéristiques. Si vous constatez une présence intéressante de bois ou tous autres matériaux s’y rapprochant, un rappel au sol sera intéressant à exprimer. Le revêtement de vinyle, d’aluminium ou de bois imposera un sens de pose et la nécessité d’utiliser des patios, terrasses ou trottoirs en lattes de cèdre afin d’exprimer au sol le parallélisme de la demeure. Les mains courantes sont également une source d’inspiration en ce qui a trait à leurs matériaux ainsi qu’à leur structure. Ceux-ci, influenceront l’harmonisation des clôtures à installer. Les luminaires muraux ou sur pieds parlent beaucoup d’eux-mêmes sur le goût des clients régulièrement divisés entre le style champêtre ou contemporain.

En dernier point, la couleur des matériaux est essentielle voire primordiale dans le choix des teintes et l’harmonie des pavés, pierres, teinture etc.… (Sujet d’un futur article).

En conclusion, il serait à proscrire de dénaturaliser un bâtiment. Il n’y a rien de plus étrange qu’un jardin dépareillé. Accentuez plutôt ses couleurs par des ponctuations de végétaux aux feuillages, teintes et formes similaires. Favorisez des floraisons qui rendront grâce aux couleurs de la maison. Finalement, une visite à l’intérieur de la maison s’impose pour le choix du mobilier, des pots ou des vases extérieur.

Le travail du concepteur est laborieux mais surtout méthodique, il y a une multitude d’étapes inévitables à franchir afin de faciliter la réussite du projet. Ce cheminement sera en quelque sorte un baume pour apaiser le syndrome de la page blanche. L’âme du bâtiment est révélatrice de secrets et si ceux-ci sont judicieusement dévoilés au jardin, le cours des années fera que celui-ci évoluera dans le temps tandis qu’à l’inverse, le bâtiment étant malheureusement statique se fossilisera dans la 4e dimension. Or, c’est pourquoi, selon ma théorie, le jardin prendra un second souffle de vie et s’imposera à son tour en tant qu’âme du terrain.

À vos marques, prêts, architecturez!

Photos: Jardin Quatres-Vents

Yohann Rousseau d.t.h.o.-designer