–       « Il faut apprendre à regarder loin pour s’observer de près. »

L’herbe semble plus verte dans la cour du voisin…?

Pourquoi ne pas lui en emprunter une parcelle?

Les fondations du paysage emprunté ne résident en aucun cas dans la contrefaçon du jardin voisin. On parle plutôt de créer une « fenêtre » c’est-à-dire une ouverture à la rencontre des beautés naturelles ou artificielles présentes dans le paysage des alentours. Inversement à cette théorie, le paysage emprunté, nous permet également de dissimuler par l’intérieur de notre terrain, les désagréments voisins.

Paysage-emprunte

Je m’explique en ce qui a trait à la mise en valeur par la dite fenêtre :

Cette ouverture, est un point focal, vers la magnificence environnante et qui, évidemment, se situe au-delà des limites de notre lot. Par exemple, un arbre voisin comportant des qualités esthétiques très attrayantes peut s’avérer un point d’intérêt d’une haute importance dans votre jardin. L’encadrement de sa vue par des plantations basses engendrera une ouverture focale en direction de cette plante conférant ainsi l’illusion qu’elle est ancrée dans votre propre plate-bande et ce, depuis sa création.

Deuxième exemple, il est fortement conseillé de s’enquérir des végétaux ceinturant de près ou de loin votre terrain, car les feuillages bleutés, dorés, panachés ou pourpres, les graminées, les vivaces, le sapinage, les plantes indigènes sont une matrice essentielle dans le processus de conception. L’implantation de végétaux possédant les mêmes caractéristiques morphologiques observées conférera l’impression que votre jardin étend ses racines au-delà des limites imposées par votre arpenteur géomètre. Le paysage emprunté donne ainsi l’illusion de posséder un plus vaste terrain or, de s’approprier un paysage qui légalement ne nous appartient pas.

D’autres exemples : Les piscines à débordement possédant une vue directe sur un fleuve, une rivière ou un lac prodigue l’illusion toute simple que ces deux masses d’eau forment un tout. Soit la piscine dans le fleuve ou le fleuve dans la piscine. Le même exemple est applicable en ce qui concerne les forêts, les boisés ou les golfs. Il ne suffit que de décortiquer la nature environnante, de la schématiser, d’en puiser les vues principales et secondaires puis de les encadrer avec finesse. En fait, le jardin emprunté est une façon toute simple de capturer le vivant en position lointaine et de l’intégrer dans l’immédiat de notre aire.

De cette façon, rien n’est impossible. Même l’intégration de montagne dans votre cour. Par contre, il faut être conscient que cette philosophie force le concepteur de jardin, le jardinier, l’amateur et le professionnel à analyser le paysage au-delà de ces limites. Voilà une belle vision de l’horticulture ornementale qui devrait, selon moi, être mise en pratique systématiquement. Bref, avant tout design, toute réalisation, accordez-vous le temps d’un recul pour observer et analyser votre environnement.

Ciblez les éléments à dissimuler et ceux qui tout au contraire devront être intégrés et valorisés. En ce qui concerne le choix des matériaux et des végétaux, je vous assure une lourde étape derrière vous car un processus antérieur d’analyse aura judicieusement épuré une majeure partie des idées à votre place. Ainsi, l’herbe ne sera pas plus verte dans la cour du voisin mais elle, enjolivera sans aucun doute votre aménagement paysager par son équilibre et son esthétisme naturels. Donc, bonne recherche, bon design et n’oubliez jamais qu’il faut apprendre à regarder loin pour s’observer de près.

À vos marques prêt, concevez!

*Crédit photo: Krystel V. Morin